dimanche, 24 mai 2009

De Copé et son "Un député, ca compte énormément"

images-1.jpgLe dernier livre de Jean-François COPE est assez intéressant. Sa description du travail parlementaire est instructive. Il semble que les politiques se soient tous donnés le mot ces derniers temps, il est lui aussi facile à lire. Tous cherchent à s'adresser au plus grand nombre, ce qui risque de laisser sur leur faim ceux qui recherchent un peu plus.

Ce qui est le plus marquant dans ce livre, c'est l'évolution assumée du regard de l'auteur sur la fonction de député. La vision change de son passage au gouvernement à celui de Président du groupe UMP à l'Assemblée nationale. Jean-François COPE avoue sans détour qu'il a pensé un temps qu'être député n'était rien d'autre qu'un pis-aller.

En poste au gouvernement, le député n'avait pas à être autre chose qu'un godillot pour lui. Comme pour beaucoup, il admet avoir été un tenant du "hors du gouvernement, point de salut" tout en avouant une certaine admiration pour ces gens qui se font élire et non nommés. Bien qu'il ait été député avant son passage gouvernemental, il avoue son adoption tardive du parlementarisme.

Jean-François COPE détaille à plusieurs reprises ses différences de vues avec Nicolas SARKOZY, sans pour autant entrer en conflit avec l'omniprésident. Il revient sur les différentes étapes qui les ont progressivement conduit à la distance actuelle entre les deux hommes. Le maire de Meaux revendique sa liberté de ton tout en restant "réglo" avec le chef de l'Etat

Le président du groupe UMP "oppose" un hyper-député à un hyper-président. Pourquoi pas, encore faudrait-il que les députés en question se rappellent qu'ils sont élus du citoyen français et non simplement courroie de transmission de la majorité gouvernementale à laquelle ils appartiennent. A ce jour, hormis quelques petits mouvements de grognes, les députés rentrent assez rapidement dans le rang. Quoi qu'il en soit la vision qu'il donne du futur député est intéressante :

"Ce député du XXI° siècle doit être « capteur » auprès des citoyens, coproducteur des réformes et contrôleur de l'efficacité gouvernementale. Il doit avoir les pieds sur terre, enraciné dans un territoire, et le regard qui porte loin, prompt à anticiper l'avenir. Il doit être à l'écoute des battements de la France, en phase avec son temps, et capable de porter des valeurs, de faire partager une vision, un projet".

C'est si générique, comment ne pas être d'accord?

Sur certains points, je suis davantage en accord avec sa vision des choses qu'avec celle de François BAYROU. Sur la question de l'instauration de la proportionnelle à l'Assemblée Nationale, voire d'une dose de proportionnelle. Le décalage entre la légitimité des élus qui résulterait de leurs modes d'élections différents poserait un problème. Quant à la proportionnelle tout court et la main-mise des partis et le règne des apparatchiks, en dehors de l'instabilité politique, ce serait une aberration pour moi.

Dans un autre domaine, la solution qu'il propose de mettre en place pour aller progressivement vers la fusion des conseils Généraux et Régionaux me convient. En page 216, il suggère l'instauration de conseiller territoriaux élus sur la même base que les conseiller généraux, mais pouvant également siéger au conseil régional. Ce qui signifie assurer le maintien d'un type d'élection uninominale. A terme, c'est ce mode de désignation qui devrait être mis en place pour l'assemblée régionale unique selon moi.

Il décrit les détails du processus d'élaboration des lois et la problématique de l'obstruction parlementaire. Il ne cache pas que l'on ait usé de cette technique à gauche comme à droite. Il explique également son principe de la coproduction parlementaire.

L'ancien ministre du gouvernement Chirac aborde la question du  cumul des mandats. Il estime qu'il est possible de bien accomplir une mission de député et de maire, que cela est même complémentaire

Au final, on se dit qu'il est heureux que l'auteur se soit engagé à abandonner la langue de bois dans un précédent opus. L'on pourrait se demander à quoi ressemblerait l'actuel s'il en était autrement. Peut-être bien à ce qu'il est mais laissons le bénéfice du doute.

samedi, 23 mai 2009

Alain JUPPE et son "Je ne mangerai plus de cerises en hiver"

9782259203333.jpgJ'ai récemment lu le dernier livre d'Alain JUPPE. C'est un livre dans lequel on entre aisément et qu'on lit jusqu'au bout. Il est véritablement destiné à être accessible au plus grand nombre. Récit autobiographique, il porte sur les années 1997-2007. Ce texte est davantage catharsis qu'essai politique. Il permet de faire connaissance avec un homme que l'on a tendance à voir comme distant et froid.

L'ancien premier ministre de Jacques Chirac fend la carapace dans cet ouvrage. Il laisse parler son coeur pour éclairer la vie d'un homme dont on ne connaît presque rien en fait. On ne peut douter de la sincérité des propos au vu de certains thèmes abordés, ainsi sa vie familiale actuelle et les relations avec ses parents. On sent que l'auteur a envie de faire partager quelque chose de lui-même avec le lecteur. Il cherche à dépasser certaines blessures d'un parcours, qui de proche du sommet du pouvoir le força à s'exiler quelque temps sous d'autres cieux.

Il est un peu étrange de voir le livre commencer par un extrait du journal intime d'Isabelle, son épouse. Mais cela concourt de cette envie de casser l'image distante qu'on lui attribue. Au demeurant, l'image de sa femme est omniprésente dans le texte et elle semble faire partie intégrante de son cheminement politique.

Alain Juppé n'hésite pas à se livre à son autocritique et admet un certain nombre d'erreur. On y retrouve notamment le fameux "droit dans mes bottes", sorti pendant l'affaire de l'appartement parisien, qui lui colle à la peau depuis des années. Il revient sur la douleur et la solitude qui ont suivi ses déboires judiciaires. Sur ce point-là, je pense que Juppé a porté le chapeau pour bien des gens et pas seulement de son bord politique.  Pour des pratiques qui existaient bien avant que l'on commence à mettre en place des règles de transparences en la matière.

Le fondateur de l'UMP revient rapidement sur les liens qu'il a tissés avec Jacques Chirac et sur sa relation avec Nicolas Sarkozy. Il met en avant l'épaisseur humaine et la capacité de se mobiliser pour de nouvelles causes du premier.

Si l'ouvrage n'est pas politique en tant que tel, on sent que c'est là un univers qu'il n'est pas prêt d'abandonner. On y retrouve son attachement pour la ville de Bordeaux, les questions de développements durables - d'où le titre de l'ouvrage. Il ouvre quelques pistes pour l'avenir après être revenu sur un passé dont il ne pouvait faire l'impasse.

Pour autant, je ne vois pas ce qui dans ce livre a pu laisser croire à un retour proche, voire imminent, sur le plan de la politique nationale au point que le principal intéressé est dû faire une mise au point sur le fait qu'il ne postulait pas pour entrer au gouvernement. J'y vois davantage une sorte de teaser destiné à humaniser une image avant de passer à autre chose. Ce n'est pas ce livre qui va remettre le train sur les rails, mais il peut être les prémisses à un autre ouvrage qui viendra lui dresser les orientations qui remettront Alain Juppé dans la course. La question est de savoir dans quelle course ? Les options sont multiples.

04:15 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, actualité, livre, juppé | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook